Certes… Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Mais on fait quoi avec tout ça ? On ferme les usines, on (re)envahi le Larzac (faudra prévenir le moustachu faucheur avant), on vit nus, on mange des graines et cède son salon au poulailler ? Y’en a qui ont essayé, c’est vous qui voyez… Tout ça, ça marche en théorie, en rêve… Mais faut qu’il y en ait qui triment pour pouvoir se le payer. Non seulement il faut qu’ils triment, mais en plus faut qu’ils baissent l’échine quand on leur crache dessus. Pas sûr qu’ils soient d’accord bien longtemps. Salauds d’Aristos. Ah, ça ira, ça ira… La société de consommation et les lois du marché ont quand même inventé une médecine qui répare les jambes cassées, des fusées pour explorer l’univers, des ordinateurs qui me donnent la possibilité d’élargir mon champ de vision, des américains pour venir nous sauver de l’horreur Nazie.
Bon, c’est bien compliqué tout ça. Alors, en laissant l’ami Robert tranquille, je vais tenter de me rappeler comment j’ai appris à rêver intelligent. Je n’ai pas appris tout seul. Il y a un truc, un vieux machin quasi obsolète qui m’a appris : un monde bizarre qui a un nom étrange, il s’appelle “les autres”. Les autres de ma famille, les autres qui écrivent des livres, les autres qui écrivent de la musique, ceux qui en jouent, qui dessinent, les autres qui enseignent, les autres qui explorent, etc. Vous savez, ceux qui font rêver. On les a tous connus, « les autres », et ils sont toujours là. Alors qu’est-ce qui cloche ? Ben je ne sais pas, si on arrêtait de gaver nos pitchounes dans le but d’en faire des individus performants, si on se souvenait qu’une tête bien faite vaut largement une tête bien pleine. Si nous conservions notre capacité d’émerveillement, si on oubliait “plus” pour lui substituer “mieux”, si l’épanouissement personnel n’était plus une récompense du travail bien fait mais une nécessité pour un travail bien fait. N’oublions pas qu’un revolver n’est dangereux que si on appuie sur la gâchette.
Voilà, je viens de passer quelques lignes à enfoncer des portes ouvertes. Mais j’ai eu l’impression que bien qu’ouvertes leurs gonds étaient un tantinet grippés. C’est bien là, il me semble, le fond du problème : on vous ouvre les portes, mais on soude les gonds. Hypocrisie. Que le monde de l’entreprise joue le jeu et quand il parle de flexibilité qu’il assume et ouvre aussi la porte de son côté, que les corporatismes (mal clientéliste bien français) fassent le ménage chez eux. Que l’on respecte l’être humain. Pas par décret mais par conviction. Pas pour qu’il soit plus performant mais parce qu’on en a envie. Qu’on cesse l’hypocrisie. Par chez nous, on ne se fait plus la guerre avec des canons mais à coup de parts de marché, on grossi pour ne pas être mangé. On respecte les lois, non pas par éthique, mais par peur du gendarme, comme le Yeti. Assez de l’adjudant chef de service qui va à la messe le dimanche, contrit et pénitent.
Chacun de nous a la capacité d’apprivoiser le singe. Alors c’est notre responsabilité à tous et plus particulièrement à ceux qui ont les rênes en mains, ceux qui sont en position de pouvoir faire plus que pour eux-mêmes. C’est bien beau de donner à manger du rêve au peuple pour continuer à faire ses petits arrangements entre amis et bouffer sur le dos de la grenouille, mais quand-même, un peu de décence…
Alors, mes bien chers frères et bien chères sœurs,
COURAGE, REVONS !!!!!!
Vous en êtes ?